Dans les coulisses de la science : quand les scientifiques réinventent le partage des savoirs

La Nuit de la Recherche, qui s’est déroulée partout en Nouvelle-Aquitaine le 25 septembre, a accueilli à Bordeaux, plus de 1 000 personnes. Le public était invité à venir échanger avec les scientifiques. Expériences, jeux, manipulations et rencontres ont pris place à Cap Sciences pour une soirée consacrée à la découverte de la recherche et de celles et ceux qui la font vivre.

Chaque année, la Nuit de la Recherche donne rendez-vous au public partout en région. Cet événement gratuit et ouvert à toutes et tous invite les visiteurs à découvrir la diversité de la recherche menée sur le territoire, dans une ambiance conviviale et accessible.

A Bordeaux, c’est à Cap Sciences que près d’une centaine de scientifiques ont rencontré le public. Tout au long de la soirée, les visiteurs ont pu mener l’enquête pour tenter de deviner les sujets de recherche des scientifiques, découvrir des travaux de thèse en 180 secondes ou encore participer à des ateliers d’expérimentation consacrés aux villes du futur.

Quand la recherche entre dans le FabLab

Pour raconter des phénomènes parfois invisibles, complexes ou abstraits, les scientifiques ont dû sortir des formats habituels et imaginer de nouvelles manières de transmettre leurs connaissances. 

Certaines activités prévues pour la Nuit de la Recherche ont ainsi été développées dans le cadre du « Dispositif de Vulgarisation et de Démonstration ». Pendant plusieurs jours, les chercheurs ont pu concevoir et expérimenter leur dispositif de médiation pour offrir la meilleure expérience au public. Cette formation, proposée par le CNRS en partenariat avec Cap Sciences, leur a ainsi permis de rendre leurs travaux accessibles à toutes et tous. 

Pour les fabriquer, ils ont pu s’appuyer sur le FabLab : dessin vectoriel, programmation, découpe laser, impression 3D ou encore prototypage rapide deviennent autant d’outils au service de la médiation scientifique. Le processus ressemble finalement à celui de la recherche : observer, tester, modifier et recommencer.

L’objectif était de transformer des notions parfois difficiles à expliquer en objets que l’on peut voir et manipuler. Ici, un plateau de jeu ou une maquette sont devenus de véritables supports pour raconter la science.

Les visiteurs testent leurs connaissances sur les plantes grâce à un quizz des idées reçues.© Leïla Ramjan

Des recherches à découvrir autrement

Comment savoir ce que contenaient les pots utilisés il y a plusieurs siècles ? Pour répondre à cette question, petits et grands ont manipulé des cubes imprimés en 3D, pour tenter de retrouver les correspondances entre les « molécules » et les fragments de céramique. Vin, huile d’olive ou encore cire d’abeille peuvent ainsi laisser des traces permettant de mieux comprendre l’utilisation des objets retrouvés.

Le public manipule des modèles en 3D pour identifier les produits contenus autrefois dans les pots en céramique. © Leïla Ramjan

Un peu plus loin, les visiteurs ont pu découvrir un stand consacré aux maladies cardiovasculaires. Pour concevoir le jeu, une question s’est rapidement posée : comment faire en sorte que les participants puissent réfléchir ensemble aux mécanismes qui fragilisent une artère ?  « Je me suis demandé si c'était mieux de faire deux équipes ou un jeu coopératif » explique Florence Ottones, maîtresse de conférences à l’université de Bordeaux au Centre de Résonance Magnétique des Systèmes Biologiques1. 

Le choix s’est finalement porté sur la coopération. A l’aide de modèles simplifiés et d’un support représentant une artère, les participants devaient agir ensemble pour tenter de maintenir celle-ci dans l’état le plus sain possible. Un fonctionnement particulièrement adapté aux familles, comme le souligne la chercheuse : « Pour les familles qui viennent avec des enfants, le mode coopératif est plus sympa parce que tout le monde s'entraide pour maintenir l'artère la plus saine possible. »  Le choix d’un jeu coopératif a permis de faire participer plusieurs générations autour d’un même sujet.

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    CRMSB, CNRS / université de Bordeaux

Le public découvre le fonctionnement des maladies cardiovasculaires.© Leïla Ramjan

Le public a également pu s’approprier de façon ludique des concepts plus abstraits tels que l’optimisation. Sur des plateaux en bois, les visiteurs doivent rechercher le chemin le plus court en utilisant des cordes pour représenter les différents parcours possibles.

Derrière les expériences, une aventure collective

Transformer un sujet de recherche en jeu ou en expérience ne consiste pas simplement à simplifier un discours scientifique. Le travail de médiation a obligé aussi les scientifiques à faire des choix : que faut-il conserver ? Que peut-on transformer ? Comment expliquer une notion sans la dénaturer ?

Ces échanges ont modifié parfois la manière dont les scientifiques eux-mêmes envisageaient leur projet. Le dispositif a dû être testé, discuté et adapté pour trouver le bon équilibre entre précision scientifique et accessibilité. Le travail collectif, selon Muriel Priault, chercheuse à l’Institut de Biochimie et Génétique Cellulaires1, a alors joué un rôle essentiel : « Le fait d'être à deux, c'est la configuration idéale pour ne pas perdre de temps, ne pas rester bloqué et faire ce ping-pong en se challengeant mutuellement en permanence. ». 

Pour les doctorants et doctorantes, cette démarche représente également une occasion de sortir du cadre habituel de leur recherche et d’explorer de nouvelles façons de partager leur travail. Joann Kervadec, doctorant à l’Institut de Biochimie et Génétique Cellulaires2, témoigne de cette expérience : « Tous les étudiants en thèse n'ont pas forcément l'occasion de vulgariser de cette manière leur projet de thèse. Là, le faire d'une autre manière avec un jeu, c'est une vraie chance. »

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    IBGC, CNRS / université de Bordeaux

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    IBGC, CNRS / université de Bordeaux