La chercheuse bordelaise Magali Della Sudda, lauréate 2025 de la médaille de la médiation scientifique

Médiation scientifique Distinctions

Exceptionnellement, pour la quatrième édition de la médaille de la médiation scientifique, qui pour la première année réunissait les forces du CNRS et de France Universités, le jury a décidé d’attribuer un prix spécial à Magali Della Sudda, directrice de recherche CNRS et Manon Pengam, maîtresse de conférences à CY Cergy Paris Université. Ce prix récompense leur analyse participative des cahiers de doléances des Gilets jaunes.

La médiation scientifique repose sur la volonté de mettre la recherche à la portée de toutes et de tous, de susciter la curiosité et d’encourager l’esprit critique. Cette transmission des connaissances fait partie des missions fondatrices du CNRS, tout comme de celles des universités et écoles membres de France Universités ; il était donc naturel de distinguer celles et ceux qui s’engagent dans cette démarche exigeante. 

Pour sa quatrième édition, la médaille de la médiation scientifique se réinventait : le CNRS et France Universités unissaient leurs forces pour distinguer des femmes et des hommes qui, par leur créativité et leur engagement, contribuent à nourrir le dialogue entre la science et la société sur le territoire français. Quatre projets ont été récompensés le mercredi 26 novembre à la Maison de la Chimie, à Paris, parmi lesquels l’analyse participative des cahiers de doléances des Gilets jaunes porté par Magali Della Sudda, directrice de recherche CNRS au Centre Émile Durkheim1  et Manon Pengam, maîtresse de conférences à CY Cergy Paris Université. Soutenues par le Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, cette distinction leur a été remise le mercredi 26 novembre à 19h, à la Maison de la chimie.

Prix spécial du jury : faire parler les cahiers de doléances des Gilets jaunes

Né d’une demande directe de citoyens et citoyennes issus du mouvement des Gilets jaunes, le projet d’analyse participative des cahiers de doléances redonne voix à ces milliers de textes rédigés entre 2018 et 2019. « Les participants voulaient comprendre ce que contenaient réellement ces cahiers et disposer d’analyses rigoureuses à verser dans le débat public », explique Magali Della Sudda, directrice de recherche CNRS, qui a co-piloté le projet avec Manon Pengam, chercheuse à CY Cergy Paris Université. Lorsque cette initiative voit le jour en 2020, près de 2 000 personnes en Gironde et en Creuse se sont portées volontaires pour contribuer à la transcription collective des archives départementales, étape préalable à une analyse approfondie des thématiques, des registres et tonalités des écrits par les scientifiques à l’aide de logiciels lexicométriques. Soutenu par la Fondation de France et la région Nouvelle-Aquitaine, le projet s’étendra à d’autres territoires d’ici 2028, et a déjà permis le financement d’autres programmes de recherche dans la continuité de ces travaux ainsi qu’à des ateliers de formation et d’échanges en collaboration avec les archives départementales.

  • 1unité CNRS/Sciences Po Bordeaux/ Université Bordeaux
Les Doléances, un film d’Hélène Desplanques © 13PRODS - France Télévisions

Pour Antoine Petit, président-directeur général du CNRS, « en s’associant à France Universités pour l’édition 2025, le CNRS a souhaité mettre en lumière des initiatives portées par tous les établissements français d’enseignement supérieur et de recherche. Avec plus de 130 projets candidats à la médaille de la médiation scientifique cette année, nous mesurons l’extraordinaire vitalité des équipes scientifiques qui, partout sur le territoire, s’investissent pour rendre la science accessible et proche des citoyens et citoyennes. Les quatre projets lauréats reflètent cet engagement, tout en témoignant de la contribution essentielle des sciences pour éclairer les enjeux de notre temps. Je tiens à féliciter les porteurs et porteuses de ces initiatives. Leur travail exemplaire rappelle que la médiation scientifique n’est pas un simple complément à la recherche : c’est un pilier de notre mission, au service d’une société plus informée. »

Lamri Adoui, président de France Universités : « Nous nous félicitons de la réussite de cette première collaboration entre France Universités et le CNRS. Cette mise en avant de la médiation scientifique est essentielle afin d’imprégner une véritable culture scientifique en chacune et chacun d’entre nous et de faire de la parole scientifique un discours de confiance sur lequel l’ensemble de la société doit pouvoir se reposer. »

Les autres lauréats 2025 de la médaille de la médiation scientifique :

Prix diffusion des connaissances : « Sommes-nous tous racistes ? » met à l’épreuve nos préjugés

Diffusée en « prime time » sur France TV, l’émission « Sommes-nous tous racistes ? » explore les mécanismes psychologiques du racisme. Son originalité : elle transpose pour la première fois à l’écran des protocoles de recherche validés en psychologie sociale. Ignorant le véritable objectif de l’émission, cinquante volontaires ont testé, sans le savoir, les biais qui influencent leurs propres préjugés dans des mises en situation filmées du quotidien. 

« L’idée derrière ce projet était d’attirer l’attention sur l’existence de stéréotypes, de préjugés et de comportements discriminatoires, parfois invisibles, dans notre société afin d’initier une réflexion citoyenne sur ces problématiques sociétales » explique Sylvain Delouvée, maître de conférences au Laboratoire psychologie : cognition, comportement et communication1  et référent scientifique de l’émission. Avec plus de 2,6 millions de téléspectateurs, le programme s’impose déjà comme un outil pédagogique, accessible gratuitement en replay, pour aborder les stéréotypes et la discrimination au sein des milieux scolaires, associatifs et institutionnels.

  • 1unité Université Rennes 2
© Benjamin DECOIN-FTV

Prix partage des connaissances : [kosmopoliːt], le jeu qui fait parler les langues

Un jeu de société pour faire découvrir la richesse des langues du monde tout en s’amusant. Baptisé [kosmopoliːt], ce projet conçu par des scientifiques du CNRS et de l’Université Lumière Lyon 21  est le fruit de trois années de travail en partenariat avec le distributeur de jeux Jeux Opla. Les joueurs y incarnent l’équipe d’un restaurant imaginaire où les commandes arrivent en soixante langues, préenregistrées dans une application auprès de locuteurs natifs. Derrière l’aspect ludique, le jeu porte une ambition plus large : en plaçant les joueurs face à des langues qu’il ne comprend pas, il recrée l’expérience de la communication interculturelle dans l’optique de changer le regard sur la diversité linguistique et déconstruire les idées reçues sur la hiérarchie et la complexité des langues. « Nous avons tenu à rendre ce jeu non seulement inclusif, en plaçant les langues sur un pied d’égalité, mais aussi libérateur, en atténuant la crainte liée à la confrontation d’autres cultures grâce à l’aspect ludique. » souligne Sophie Kern, directrice de recherche au CNRS2. Vendu à plus de 97 000 exemplaires à ce jour en France, décliné dans deux autres versions allemande et japonaise, [kosmopoliːt] trouve aujourd’hui un large écho dans le milieu scolaire.

  • 1au Laboratoire dynamique du langage (CNRS/Université Lumière Lyon 2)
© Rémi Anselme

Prix co-création des connaissances : La Grande Synchr’EAU pour la qualité des eaux douces

Un même geste, partout en France : plonger une bandelette dans une source d’eau douce pour en évaluer sa qualité. C’est le principe de La Grande Synchr’EAU, un projet de science participative qui a transformé, le temps d’un week-end, des milliers de citoyens et citoyennes en scientifiques de terrain. 

« Nous voulions prouver qu’en mobilisant les citoyens, on pouvait obtenir des données sur l’eau qu’aucun réseau scientifique ne pourrait recueillir seul en seulement deux jours », explique Nicolas Dietrich, chercheur à l’INSA Toulouse1 . Menée en 2023 lors de la Nuit européenne des chercheurs et chercheuses, l’expérience a mobilisé 1 000 volontaires aux quatre coins de l’Hexagone, jusqu’en outre-mer. Tous sont venus mesurer simultanément la qualité de l’eau douce dans un lieu de leur choix (rivière, canal, puits, etc.) à l’aide de kits simples préalablement distribués par les scientifiques qui ont piloté ce projet. Les 20 000 mesures ainsi recueillies ont pu être partagées a posteriori sur une carte interactive en ligne. Au-delà de la performance collective, les données ont servi de matière à une prise de conscience sur les enjeux liés à l’eau, notamment à travers des ateliers pédagogiques dans une cinquantaine d’établissements scolaires où les élèves ont analysé leurs propres résultats, et ceux de leur région, afin de débattre de la qualité de l’eau et des défis liés à sa préservation.

  • 1au Laboratoire Toulouse Biotechnology Institute, Bio & Chemical engineering (CNRS/INRAE/INSA Toulouse)
© Marielle Duclos / Grande Synchr'EAU 2023

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